Enquête exclusive Retromobile

Retromobile (sous l’égide de sa société organisatrice Comexposium) a diligenté une enquête le mois dernier auprès d’un panel d’amateurs de véhicules anciens au sujet de leur activité durant le confinement.

Il s’agissait de savoir comment ils avaient vécu leur passion au cours de cette période de restrictions et quel regard ils portaient au terme de celle-ci. 2021 réponses exploitables ont pu être collectées ; ce qui témoigne de l’intérêt pour le monde des véhicules de collection. Qu’ils en soient ici remerciés.

Retromobile - Infographie confinement

Passion intacte

Sans surprise, car les chiffres sont conformes à ceux de la FFVE (Fédération Française des Véhicules d’Epoque), la gente masculine est largement majoritaire : 97%, ainsi que l’âge moyen supérieur à 50 ans pour près des trois quarts (73%) ; et les catégories socio-professionnelles globalement représentatives de la population française. Il n’est pas obligatoire de posséder un ou plusieurs véhicules anciens pour s’y intéresser puisque 30% des répondants n’en sont pas propriétaires. Le chiffre est intéressant car il indique que la passion pour les anciennes ne se borne pas aux pratiquants mais concerne, pour près d’un tiers, des amateurs pas encore (nous l’espérons) possesseurs d’un véhicule classique. Aimer les véhicules anciens peut aussi se traduire par un attrait pour les miniatures, la documentation ou l’automobilia par exemple. Retromobile l’illustre bien chaque année en faisant cohabiter les marchands et clubs de véhicules avec les brocanteurs spécialisés et les vendeurs de « petites autos ».

Pour ceux qui ont la chance d’en avoir une « en vrai », la passion s’avère relativement raisonnable puisqu’ils y consacrent en moyenne, un budget annuel de 3500 Euros pour l’entretien. La somme révèle cependant l’existence d’un marché dynamique de pièces de rechanges et de services dédiés. De la restauration totale à la simple révision périodique, les collectionneurs peuvent aujourd’hui trouver des professionnels compétents, et le plus souvent eux-mêmes passionnés. Depuis les années 80, le monde de l’ancienne s’est étoffé et structuré pour permettre l’essentiel : rouler !

Bon nombre de propriétaires s’occupent aussi personnellement de leurs véhicules, en y consacrant une demi-journée par semaine (36% entre 1 et 3 heures ; 22 entre 3 et 5 heures). Au-delà des soins nécessaires apportés, c’est sans doute le plaisir de « bichonner » et de préparer la sortie qui domine chez la plupart des amateurs. Passer du temps dans son garage est excellent pour le moral ; on y est tranquille et cela « vide la tête ». La sécurité sociale devrait y songer…

Temps libre

En temps normal, sortir son auto, sa moto ou son utilitaire participe aux bons moments de la vie. Seul ou avec des copains, faire une balade procure une joie simple dont on ne se lasse pas. Alors, la frustration de demeurer confiné a pu porter atteinte au moral. Pour autant, en dépit de l’interdiction de rouler, la passion n’a pas été, elle aussi, mise en confinement. 

37% des répondants ont disposé de plus de temps pour s’avancer dans une restauration ou réaliser quelques opérations de maintenance ; ou encore approfondir leurs connaissances sur des véhicules et des marques. Légitime phénomène de compensation probablement, la lecture s’est imposée comme un bon palliatif. Nombreux sont ceux qui en ont profité pour ranger (et relire) leurs collections de magazines, ou consulter des catalogues de pièces. Il n’est dès lors pas surprenant qu’un répondant sur deux ait effectué des achats sur internet, et que 35% d’entre eux aient été des pièces détachées, et 15% de la documentation. Moins de modèles réduits (9%) et d’automobilia (3%), car peut-être moins d’intéressés ou la préférence de « voir » et « toucher ».

Ces quelques semaines de confinement ont donc été propices aux projets en cours, mais également à ceux à venir. Ainsi, avant le confinement 26% des répondants envisageaient l’achat d’un véhicule et 10% désiraient vendre. Au terme de la période, la moitié des acheteurs potentiels a renoncé au projet dans l’immédiat. Cela peut se comprendre compte tenu des incertitudes liées au contexte économique et au climat encore anxiogène de la crise sanitaire. Les optimistes se sont renseignés à 85% via le web, et 29% par la presse. Relevons à cet égard que 31% ont pris avis ou conseil auprès de relations (famille, amis), ce qui conforte le fait que la passion se partage. Inversement 3 personnes sur 4 ont renoncé à leur projet de vente. Se sont-ils rendus compte qu’ils commettraient une erreur, voire une bêtise, en se privant de leur ancienne ? Ou préfèrent-ils attendre des jours meilleurs pour vendre à meilleur prix ? En tout état de cause, il semble que le statu quo soit de rigueur.

Quelles perspectives ?

Le marché des véhicules de collection est, on le sait, sensible aux fluctuations de l’environnement économique. Lors des crises précédentes, au début des années 90, puis en 2008, une nette baisse des transactions et des prix avait éloigné les spéculateurs et rétabli un certain équilibre. Ainsi certaines Ferrari ou Porsche de série étaient-elles revenues à des tarifs plus logiques eu égard à leur diffusion et à l’abondance de l’offre. Les passionnés ne pouvaient que s’en réjouir. L’automobile de collection est avant tout un loisir de passionnés de tous âges ; appartenant à toutes les catégories socio-professionnelles. Au-delà des ventes record pour des véhicules d’exception qui donnent parfois l’illusion d’un monde de milliardaires, l’immense majorité des amateurs peut se faire plaisir à des niveaux bien plus accessibles.

Si 33% des répondants croient que le marché restera stable, 17% estiment qu’il y aura plus d’offres que de demandes contre 8% pensant le contraire. On peut dès lors espérer une augmentation des achats, dynamisée par le désir de saisir des opportunités ou de concrétiser un projet devenu plus réaliste. Notons cependant que 41% déclarent n’en rien savoir. En conséquence, 33% jugent que les prix demeureront stables alors que 21% tablent sur une diminution modérée (5 à 10%) contre 9% en faveur de la tendance opposée. 27% ne sait pas. Il se confirme que les acheteurs pourraient se manifester davantage, mais dans des proportions mesurées. En définitive, 63% ne prévoient pas de modification dans leur budget alloué aux véhicules anciens, tandis que 12% craignent de devoir le réduire contre 3% qui pensent l’augmenter. 22% n’en sait rien… Finalement, le marché devrait demeurer relativement stable et attentiste. Il appartiendra aux vendeurs de s’adapter au climat ambiant et de redonner confiance aux potentiels acquéreurs.

Il est certain que les résultats de l’enquête, menée « à chaud », sont susceptibles d’évoluer en fonction des événements à venir et de l’état d’esprit des passionnés. Les quelques ventes aux enchères, proposées en ligne ces derniers temps, indiquent que les prix des automobiles de collection se sont un peu tassés. Quelques belles affaires ont d’ailleurs été réalisées par des acheteurs opportunistes, en Angleterre notamment (voir résultats dans les derniers numéros de L.V.A). On peut prédire que les marchands n’ayant pas vendu deux mois durant, seront enclins à alléger leur stock et retrouver du chiffre d’affaires. L’absence de grands événements, comme Reims ou Avignon Festival en France, Essen en Allemagne, Goodwood en Grande Bretagne, ou encore Pebble Beach aux USA, auront des conséquences, même s’ils sont reportés pour certains. Mais les passionnés ont à cœur de rouler à nouveau et de se retrouver dans les grands rassemblements. On peut donc espérer qu’une fois la crise passée, le plaisir de partager des moments agréables libérera les énergies et permettra de vivre pleinement sa passion.  

Profitez-bien de l’été pour rouler en ancienne, et rendez-vous à Retromobile en février.

Bruno Camus.