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Jean Pierre Wimille, un homme accompli

Retromobile présente une exceptionnelle exposition sur la carrière d’un grand pilote français

Ce grand pilote français aurait dû être le champion du monde de formule 1.

Dès son plus jeune âge, la passion automobile le dévorait. 1930, à peine sorti de l’adolescence Jean Pierre Wimille commença par piloter au Grand Prix de France une auto dont il rêvait, une Bugatti. Cette marque mythique l’accompagnera pendant 10 ans sur les plus grands circuits. En 1937, Ettore Bugatti engage aux 24 Heures du Mans  le fabuleux Tank 57 G , les deux pilotes, Jean Pierre Wimille et Robert Benoist gagneront la première place  . Cette victoire fut le début d’une grande amitié entre les deux hommes. 

La Course

Jean Pierre Wimille enchaina les succès et les records de vitesses.  Il remporta 22 compétitions dont certaines les plus mythiques comme les 24 heures du Mans, la Coupe de Paris, le Grand Prix Dell ‘ Autodromo sur le circuit de Monza, le Grand Prix de l’Europe à Spa, le Grand prix de l’ACF à Montlhéry et tant d’autres. Au Grand Prix d’Espagne 1935, Il termina 4 eme après un duel acharné juste derrière les 3 surpuissantes Mercedes Flèches d’Argent tout en laissant derrière lui la redoutable Auto Union V16 pilotée par le non moins redoutable Bernd Rosemeyer . Jean Pierre Wimille était reconnu parmi les plus grands pilotes mondiaux.

Tank Bugatti 57G_copyright Christian HUET
Tank Bugatti 57G_copyright Christian HUET
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Bugatti monoplace Type 5950B_copyright Christian HUET

 

1939 : mobilisation générale.

Devant  cette guerre cruelle, la compétition automobile s’effaça. Jean Pierre Wimille et son ami Robert Benoist s’engagèrent dans l’armée Française. Juin 1940, la guerre est perdue, la France est occupée.  C’est durant ces heures noires  que Jean Pierre Wimille se maria avec Christiane de la Fressange plus connue par son surnom « Cric ». Il eut le projet de participer au Grand Prix d’Indianapolis aux Etats Unis mais l’autorisation fut refusée. Les français subissaient une existence faite de privations et de rationnements. Jean Pierre Wimille avait toujours l’esprit pratique, il se mit à travailler sur le projet de construction d’un véhicule électrique en reprenant la structure des voitures à essence privées de carburant. Le prototype fonctionnait parfaitement mais faute de moyens techniques et financiers il n’y eu qu’un seul exemplaire de réalisé.

Mais il fallait agir en urgence contre l’occupant, Jean Pierre Wimille rejoint le réseau  de résistants « Clergyman » en même temps que son ami pilote Robert Benoist, Stella et Robert  Teyssedre et l’Antoine mécanicien chez Bugatti. C’est au volant d’un vieux camion Gazo qu’ils Ils transportaient des armes et des munitions et passaient des nuits à récupérer des containers parachutés pour différents groupes de résistants. Après de nombreuses enquêtes secrètes, en plein été 1944 les agents de la Gestapo arrêtèrent les membres du réseau Clergyman. Seul Jean Pierre Wimille réussit à s’échapper et à se cacher dans un ruisseau. Robert Benoist, le compagnon et copilote de Wimille fut arrêté et torturé dans les murs de la prison de Fresnes ou il laissa un message « Surtout n’avouez jamais » Il fut déporté au camp de concentration de Buchenwald et fut exécuté le 12 septembre 1944.

Cric qui était l’épouse de Jean Pierre Wimille, fut arrêtée et emprisonnée à Fresnes, par chance, elle s’échappa alors qu’elle était dans le wagon d’un convoi pour un camp de la mort. Dès la fin de la guerre JP Wimille reprit le volant sur les circuits et ne manqua pas à sa réputation de Grand Pilote en gagnant la Coupe des Prisonniers sur Bugatti 59 monoplace.

 

 

La voiture de l’avenir

Jean Pierre Wimille vivait et pensait « Automobile » Il se souvenait du salon de l’auto de 1937 ou il avait déjà réfléchit sur l’idée de la voiture du futur. Il avait tracé les grandes lignes de ce projet en bouleversant les principes des constructeurs centenaires. Il faudra une voiture légère et rapide avec un moteur puissant mais de faible cylindrée et surtout une structure intégrée à une carrosserie complètement aérodynamique. Pendant cette période de guerre, et aidé de ses amis ingénieurs et mécaniciens, il concrétisa son projet. Structure tubulaire, moteur et direction  central. Cela ne s’éloignait pas de la configuration des formules 1 !

Une carrosserie aux lignes fuselées fut dessinée, pare-brise panoramique, phares intégrés, roues indépendantes et boite de vitesses  à commande électrique. Il était déjà prévu trois versions, la Grand Tourisme de 70 cv, la Sport avec un moteur V6 1500 cm3 de 100 cv et une version course de 220 cv qui devait frôler les 300 km/h. Ainsi naquit sur le papier en 1943 la Wimille GT.

1946, La première apparition du prototype de la Wimille 01 fut un succès immédiat. L’auto était révolutionnaire de par sa forme et de sa conception. Par manque de temps,  le moteur V6 qui était prévu fut remplacé par un moteur de Traction Citroën qui permis de faire les premiers essais sur de longues distances et de la présenter officiellement en 1946.

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L’aventure continue entre Alfa Roméo et Gordini

Pour autant Jean Pierre Wimille n’abandonna pas la compétition, il continue sa carrière de pilote au sein de l’écurie Alfa Roméo et remporta 8 victoires dont le Grand Prix de Suisses et de Belgique.

Lors d’un repas traditionnel de fin d’année deux hommes se rencontrèrent, Wimille et Gordini.

Ce fut le début d’une grande amitié et d’une belle histoire de la compétition automobile.

Gordini construira et Wimille pilotera. Il est certains que les petites monoplaces du Sorcier étaient moins impressionnantes que les Bugatti et les Alfa Roméo mais rapidement et grâce au talent de Jean Pierre Wimille, les Gordini s’avérérent très efficaces et redoutables. En moins de 2 ans le binôme Gordini /Wimille remportera 5 victoires et se fera une place dans la cour des grands constructeurs.

Jean Pierre Wimille enchainait les courses dans l’ecurie Alfa Roméo et c’est au volant de la puissante 308 qu’il remporta 3 victoires consécutives, la Coupe de la Resistance, le Grand Prix du Roussillon et le Grand Prix Burgundy.

En parallèle, JP Wimille  avançait sur le projet de la voiture du futur car depuis les premières apparitions du prototype il était très sollicité sur l’avenir de cette automobile revolutionnaire.

L’image très moderne de cette voiture et le carissime du concepteur interpela Maurice Dolfus qui était le PDG de Ford France.

La plus grande difficulté pour un constructeur solitaire c’est d’exister parmi les grandes marques et pour concrétiser son projet Wimille signa un contrat le 28 février 1948 avec Ford France.

Le constructeur s’engagea à créer un département « Voitures Spéciales » pour produire la Wimille mais aux seules conditions c’est d’être le propriétaire du concept, des plans et des brevets. Ce fut Albert Marestaing, ami de Wimille qui fut nommé directeur de cette nouvelle production.

La JPW 01 avait fait ses preuves en parcourant des milliers de kilomètres mais il fallait absolument la « civilisée » pour assurer l’homologation qui aboutira à une production.

Le train avant, la direction, le moteur et la suspension seront signés Ford France et la boite électrique sera fourni par Cotal.

Jean Pierre Wimille rencontra le  jeune styliste Philippe Charbonneaux qui dessinait aussi bien des avions, des réveils matin, des camions et des automobiles. Très rapidement Philippe Charbonneaux redessina la voiture en respectant la ligne très aérodynamique. Beaucoup de réflexions, de dessins, de croquis finirent par aboutir par une maquette au 1/10 eme qui permit de réaliser la première carrosserie dans l’atelier Faget Farnet. Le châssis tubulaire seul fut essayé sur la route par Wimille, avec juste deux sièges de bistrot en osiers et le moteur à l’air libre. L’engin fit sensation, au retour à l’atelier Wimille était enchanté et très amusé car il fallait tourner le volant à gauche pour se diriger à droite, le système de direction était monté à l’envers. A par ce petit détail tout était prêt et la Wimille GT était présentée au salon de l’auto en 1948 avec beaucoup de succès. Un beau catalogue présentait une automobile fondamentalement moderne avec une ligne futuriste, 3 places de front, une boite électrique et des performances prometteuses de 160 km/h avec une consommation de 10 litres au 100 km.

Pour Jean Pierre Wimille et son équipe c’était l’aboutissement d’un grand projet qui avait commencé pendant la seconde guerre mondiale. Il pensait s’éloigner de sa carrière de grand pilote pour se consacrer à sa nouvelle vie dans le monde des constructeurs automobiles.

 

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Destin fatal

En janvier 1949, L’écurie Gordini et ses pilotes sont invités en Argentine à participer à plusieurs compétitions.

29     janvier  1949 - Circuit de Palermo. Jean Pierre wimille fait chauffer la Gordini pour les essais, un commissaire de piste lui tend un casque,  alors qu’il a toujours refusé, 4 accidents sans gravité sur cent quatre-vingt courses, un serre tête lui suffisait. Ce jour-là et  sans hésitation Wimille accepte au grand étonnement des autres pilotes. Ainsi casqué, Wimille démarra rapidement en enchaînant les tours de circuit de 6 km.

Le pilote Ascari faisait également les essais au volant de sa Maserati, il admirait la qualité de pilotage de Wimille qui malgré la faible puissance de sa Gordini , enchainait les courbes avec précisions tout en étant à l’écoute de son moteur et de la réaction de la voiture.

Ces essais étaient très appréciés, tous les gens se resserrait sur le bord des virages et attendait fébrilement le passage de Wimille qui prenait toujours les courbes en glissades spectaculaires.

Mais cette fois ci, Wimille fut surprit par tous ces spectateurs qui brandissaient leurs bras pour presque le toucher. Une seule sortie possible pour éviter de percuter la foule,  à 140 km/h il s’engagea dans l’extérieur du virage, peut-être un peu trop, en une seconde les roues avant s’enfoncèrent dans le sable du bas-côté, la Gordini finit sa course folle en se retournant à la verticale blessant mortellement son pilote.

Jean Pierre Wimille, le Grand Champion, cet homme d’exception vient de disparaitre.

Ce fut un énorme choc émotionnel pour ces tous ses amis de la compétition automobile.

Amédée Gordini fut marqué à vie,  «  Comment…je ne comprends pas….Wimille se tuer au volant d’une de mes voitures…. »

 

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wimille au volant Alfa_copyright Christian HUET

 

Il n’y a plus d’avenir pour la voiture du Futur

Alors que la Wimille GT était arrivée à maturité et pratiquement prête pour la production, la mort brutale du concepteur lui fut fatale. Pourtant, la petite équipe du département « Voitures Spéciales » défendait âprement le projet de cette voiture révolutionnaire. Un nouveau prototype du type « Cyclope » à un seul phare fut présenté avec succès au concours d’élégance du Bois de Boulogne en 1949. Mais Ford France imposa un concept plus commercial qui releguait la Wimille GT au rang des berlines classiques et fonctionnelles. L’esprit avangarde avait cessé d’existé.

Le courrier tant redouté arriva le 24 juin 1949 :

« …la Ste Ford SAF a décidé d’abandonné l’idée de construire des voitures de conception JP Wimille

…..nous vous restituons les prototypes…..nous considérons le contrat comme caduque …. »

De cette belle et tragique histoire il reste le souvenir d’un homme d’une grande culture au don de pilote exceptionnel, d’une incomparable valeur humaine. Il restera longtemps un exemple pour les autres pilotes. Juan Manuel Fangio qui était le Grand pilote parmi les Grands l’admirait.

 

Par miracle sur les quatre prototypes des JPW GT, il en reste trois.

Le numéro 1 à moteur Citroën conçu  pendant la seconde guerre mondiale fut utilisé par l’équipe du projet « Voiture de l’avenir ». Dans les années 70, Philippe Charbonneau qui n’oubliera jamais l’aventure des automobiles Wimille  retrouva la JPW 01 en épave au Havre dans la cour d’une carrosserie. Il restaura ce prototype et l’exposa au Musée de Reims.

Le numéro 2 à phare central fut gravement accidenté lors d’un essai puis ferraillé.

Le numéro 3 fut immatriculé 5923 RS et utilisé par le fils du concepteur François Wimille ensuite  ce prototype fut préservé par Philippe Charbonneaux au musée automobile de Reims. Il est aujourd’hui conservé par la Cité de l’Automobile de Mulhouse.

Le numéro 4 qui servit surtout aux présentations officielle et ne circulera pratiquement pas. Il fait partie de la collection du musée Malartre de Lyon depuis les années 60.--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sur cette exposition seront présentés 6 automobiles Historiques dont trois ont été pilotées par Jean Pierre Wimille.

La Bugatti monoplace type 59/50 B de la Coupe des Prisonniers en 1945. Pilote Wimille

L’Alfa Roméo 308 monoplace – 3 victoires en 1946.Pilote Wimille

La Gordini monoplace type 15 – modèle identique à l’accident fatal.

Les 3 prototypes Wimille GT « Voiture de l’avenir » : JPW 01.Pilote Wimille – JPW 03 et 04.

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