Aston Martin, Initiales D.B.

La firme anglaise de voitures de sport Aston Martin connaît son âge d’or sous l’égide de David Brown. A travers près de vingt modèles représentatifs, Rétromobile retrace cette période marquée par une production de GT aux lignes inimitables, un titre mondial et le début d’une complicité avec l’agent secret James Bond.

La légende veut que ce soit à la suite de l’annonce de la mise en vente de la marque parue en première page du Times le 1er octobre 1946, que David Brown, héritier d’un groupe industriel spécialisé dans la fabrication de tracteurs agricoles, se porte acquéreur d’Aston Martin. Cette firme de Feltham qui vivote depuis 34 ans, alternant succès sportifs et crises commerciales, affiche un fort potentiel. En s’offrant dans la foulée Lagonda, le jeune entrepreneur met aussi la main sur le moderne 6-cylindres en ligne 2,5 litres développé par W. O. Bentley. Brown est porté par une ambition : gagner les 24 Heures du Mans. Et comme il est né sous une bonne étoile, les débuts se présentent plutôt bien. Dans les cartons d’Aston Martin, il a trouvé le prototype Atom sur lequel est dérivée une voiture qui remporte les 24 Heures de Spa de 1948. De la Sport 2 litres naît la DB1 produite à quinze unités. Déjà, Brown est passé au 6-cylindres qui investit le capot des prototypes de la DB2 construits pour l’édition 1949 du Mans. Le 6-cylindres double arbre effectue son baptême dans l’une des trois voitures engagées ? A peine six tours et puis s’en va mais Aston Martin est définitivement propulsée dans la cour des grands.

Sur les chemins de la gloire

Entrepreneur doué de bon sens, David Brown va, en l'espace de dix ans, transformer ce constructeur moribond en symbole de la sportivité et du luxe. Frappées des initiales DB, ses créations sont couronnées de succès. En parallèle de ses modèles de grand tourisme qui témoignent d'une volonté de monter en gamme et de concurrencer Jaguar, le programme sportif marque le début d'une irrésistible ascension qui va conduire Aston Martin au sommet de la galaxie des spécialistes de l'endurance. Brown se donne les moyens de sa politique. En 1950, il engage un directeur sportif, John Wyer, puis le Professeur Robert Eberan von Eberhorst, responsable des fameuses Auto-Union de Grand Prix de 1938. Au Mans, on retrouve ainsi les autos qui prennent officiellement l’appellation DB2. Le moteur Lagonda ne délivre pas plus de 107 ch mais une version Vantage, nom donné aux motorisations les plus poussées, grimpe à 123 ch. Œuvre de Frank Feeley, la ligne de la DB2 est superbe. Elle se signale par son pare-brise en deux parties, sa petite lunette arrière et son long capot basculant intégralement vers l’avant avec les ailes. La DB2 était presque parfaite mais elle souffrait de n’être qu’une 2 places. Aston Martin remédie au problème en lançant la DB2/4 en octobre 1953. L’arrière est allongé, la ligne de toit rehaussée, le réservoir réduit pour loger deux petits sièges à l’arrière. La voiture reçoit, en première mondiale, un hayon qui s’ouvre de bas en haut pour favoriser le chargement des bagages. 

Sur les circuits, il faut attendre la saison 1953 et la DB3 S pour voir la firme anglaise se rapprocher des sommets. Peter Collins, associé successivement à Paul Frère et à Stirling Moss, termine 2ème dans la Sarthe en 1955 et en 1956. Au printemps de cette année-là, Ted Cutting est chargé de la gestation de la Sport qui sera la DBR1. Grâce au recours à des tubes en acier au chrome molybdène, 20 kilos sont gagnés sur le châssis. A l’arrivée, la DBR1 ne dépasse pas 800 kilos, ce qui représente un gain de 130 kilospar rapport à la DB3S. Le moteur 6-cylindres en ligne en alliage double arbre est un 2,5 l pour répondre à la nouvelle réglementation du Mans. Il développe 212 ch mais dans une version 3 litre. Il dépassera les 240 ch. En 1959, la firme anglaise touche à la consécration en remportant Le Mans à l’issue d’une course à l’usure avec le duo Shelby-Salvadori et le Championnat du monde des marques. Contrat rempli, Aston annonce à la fin de la saison le retrait des courses d'endurance au profit de la Formule 1 et le développement de la production commerciale.

La F1 restera un rêve inassouvi mais la DB4, produite dans la nouvelle usine de Newport Pagnell, va laisser son empreinte sur les routes des années 1960.

Aston Martin DB4 Zagato

De conception moderne, cette voiture de grand tourisme marque le début des liens d’Aston Martin avec les carrossiers italiens. La nouvelle GT, présentée au salon de Londres de 1958, est habillée d'une sublime carrosserie signée de Frank Feeley et de Gaetano Ponzani pour la carrosserie Touring. La DB4 est conçue selon le principe Superleggera cher à Touring. Les panneaux d’aluminium reposent sur une multitude de petits tubes, véritable cage, constituant une armature rigide. Pour elle, Tadek Marek, débauché de chez Austin, a développé un inédit six cylindres en ligne, doté d’une culasse à deux arbres à cames en tête. Ce moteur de 3 670 cm3 hyper carré délivre 240 ch.

Les 300 ch sont même dépassés pour les soixante-quinze DB4 GT à empattement raccourci de 13 cm produits entre 1959 et 1963 et les dix-neuf unités de la série allégée ¬du carrossier milanais Zagato réalisée entre 1960 et 1963 pour contrer les Ferrari 250 GT sur les circuits. La DB4 se prête à toutes les audaces. Pour chasser sur les terres de Ferrari, Brown lui offre même une variante Convertible.

La DB5 de James Bond à Paris

DB5 de James Bond

En 1963, Aston Martin tourne deux pages : la fin de la période sportive et le remplacement de la DB4 par la DB5. Sa robe porte toujours la signature Touring mais la nouvelle GT se montre plus civilisée en faisant la part belle au confort et au silence. Cela n’empêche pas la puissance de s’établir à 282 ch grâce au passage de la cylindrée à 4 litres. C’est à ce moment qu’AstonMartin lie son destin au plus célèbre des agents secrets du MI6.

Guy Hamilton, le réalisateur de James Bond, choisit la DB5 pour accompagner les aventures de l’espion 007 dans Goldfinger, le troisième volet de la saga sorti en 1964. Le bouillonnant « Q » a équipé le coupé sportif d’un arsenal de guerre. Avec ce bolide, Bond s'illustre dans la course-poursuite avec une Ford Mustang décapotable, en Suisse, puis il parvient, dans Opération Tonnerre, à échapper aux tueurs du Spectre. Cette DB5 unique (châssis 2008 R) a fait le déplacement à Rétromobile. Une occasion unique pour les visiteurs de (re)découvrir les nombreux gadgets équipant la DB5 : le bouton de commande du siège éjectable, le toit ouvrant, l’écran de contrôle du radar, la cache d’armes, les butoirs de pare-chocs rétractables, le moyeu télescopique dans les jantes pour crever les pneus de l’ennemi, l’éjection d’huile chaude dissimulée sous le premier des trois feux arrière, les mitrailleuses Browning, le bouclier pare-balles sur la malle arrière, les plaques minéralogiques pivotantes, le téléphone en bakélite.

 

Dans la vraie vie, Aston Martin monopolise moins les gros titres du 7ème Art que ceux de la rubrique économique. Sa santé vacille. David Brown, qui a acquis le chantier naval Vosper, se désintéresse de l’automobile. Et rien, ni la DBS qui affiche une ligne en rupture, ni le patronage de la famille royale britannique, ne peut sauver la maison.

Début 1972, la mort dans l'âme, David Brown, anobli par la reine en 1968, cède Aston Martin Lagonda pour 100 livres sterling à la Company Developments Ltd. Depuis, le constructeur de voitures de sport le plus exclusif de la planète avec seulement 60 000 modèles produits en cent ans a subi plusieurs avatars. Mais, dans Spectre, c’est encore une Aston qui accompagne 007.

Enfin, Rétromobile dévoilera le prototype DP 208 mu par un 4-cylindres 2,5 l et développé sur une base de Volvo P1800. Ce projet atteste que le visionnaire Brown réfléchissait en 1961 à une Aston moins onéreuse.

JL

Cette exposition, initiée par Beat Roos et Eric Le Moine, est organisée par The Classic Car Trust Pavillon 1, stand H 096.