Formule 1, des histoires à la gomme !

L’espace Richard Mille revisite quelques pages méconnues de la discipline reine du sport automobile : les monoplaces à quatre roues motrices et à six roues

L’exploration de nouvelles technologies est indissociable de l’histoire de la Formule 1. Depuis l’avènement de la discipline reine du sport automobile 1, les ingénieurs passent leur temps à chercher de nouvelles solutions techniques permettant à l’écurie qu’ils représentent de prendre l’ascendant sur leurs concurrents et de dominer les courses. Ces conquêtes qui sont censées faire exploser les performances prennent parfois des chemins insoupçonnés. C’est ainsi qu’en 1960, Harry Ferguson, magnat des tracteurs, confiaau directeur de son bureau d’études, Tony Rolt, l’étude et la construction d’une F1 à quatre roues motrices. La monoplace P99 conçue autour d’un châssis multitubulaire et plaçant le moteur Climax à l’avant fut engagée au grand prix d’Angleterre de 1961. Pilote désigné, Jack Fairman fut relayé en course par Stirling Moss mais ce dernier fut exclu à cause d’un départ à la poussette. Moss profita de la pluie pour s’imposer à Oulton Park dans une épreuve hors championnat. Ce fut la seule victoire d’une F1 à quatre roues motrices. Le projet sera stoppé, la faute au poids trop élevé. La technologie réapparaît pourtant trois ans plus tard. L’écurie BRM engage à Silverstone la P67. Pilotée par Richard Attwood, la monoplace ne passe pas la barrière des qualifications. BRM décide d’abandonner le projet.

Cosworth 4WD Donington Grand Prix Collection

Pourquoi pas six roues?

 À la fin de la décennie 1960, cette technologieredevient d’actualité. En 1968, la conjugaison de l’arrivée brutale de la puissance qui caractérisait les premiers V8 Cosworth et le nombre inhabituel de courses disputées sur piste mouillée (trois sur douze) avait créé des problèmes de motricité tellement critiques qu’ils avaient incité certains constructeurs à renouer avec les 4 roues motrices. C’est ainsi que Cosworth mais aussi Lotus, McLaren et Matra franchirent le pas en 1969. Toutes ces monoplaces se montrèrent trop lourdes et peu maniables. Chez McLaren, Bruce McLaren conclut l’essai de la voiture par ses mots :« Piloter la M9A, c'est comme faire votre signature avec quelqu'un qui bouge votre coude en permanence ». La M9A rentra au musée. Chez Lotus, Colin Chapman, pourtant toujours à l’affût de réaliser un coup, ne connut pas plus de succès. Ni la 63 de la saison 69 ni la 56 à turbine sortie en 71 ne firent d’étincelles. Pourtant, la 56 réussit quelques coups d’éclats. Emerson Fittipaldi la qualifia en première ligne d’une épreuve hors championnat et Dave Walker, à Zandvoort, sur une piste glissante, remonta de la 22e à la 10e place en cinq tours avant de surestimer ses capacités et de terminer dans les pneus au freinage, au virage de « Tarzan ». Encore une fois les « moins » l’emportaient sur les « plus ». Pour augmenter l’adhérence des F1, les ingénieurs et les aérodynamiciens pouvaient désormais compter sur les ailerons.

Début 1976, le public découvre ébahi que toutes les monoplaces n’ont pas quatre roues. L’ingénieur Derek Gardnerde l’écurie Tyrrella développé une monoplace à six roues dont quatre petites de 10 pouces à l’avant. La P34 débute la saison en fanfare. Patrick Depailler, qui est chargé du baptême du feu en Espagne, la qualifie en 3e position. En course, il sera victime d’une panne de freins. À Monaco, Scheckter et Depailler se montrent les plus rapides des V8. À Anderstop, les pilotes Tyrrell réalisent le doublé. Le bilan est positif : Scheckter et Depailler se classent respectivement 3e et 4e du championnat 1976. L’année suivante n’est pas aussi brillante. Des modifications ont rendu la P34 moins compétitive. À la fin de la saison, Ken Tyrrell stoppe l’aventure de la six-roues. Entre temps, la P34 aura inspiré Robin Herd. Pour le constructeur anglais March, l’ingénieur développa la March 2-4-0. Testée début 1977, elle différait de la P34 en installant les quatre roues à l’arrière.  En 1982, ce fut au tour de Patrick Head, l’ingénieur vedette de Williams de concevoir une six-roues mais on ne la vit jamais en course.

JL

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