Le Musée National de la Voiture et du Tourisme : un voyage dans le temps

Une partie de l’histoire de France a défilé cette année à Rétromobile 2016 avec l’exposition de véhicules exceptionnels provenant du Palais de Compiègne et illustrant le passage de l’hippomobile à l’automobile

Faudra-t-il un jour rebaptiser Rétromobile en cour des miracles ? La question n’est pas saugrenue si l’on se réfère aux chefs-d’œuvre que vous pouvez découvrir dans l’enceinte du salon parisien et notamment ceux de l’espace réservé au Palais de Compiègne. Souvent méconnu, ce domaine, érigé par Louis XV et Louis XVI, réaménagé sous Napoléon 1er puis Napoléon III, est l’une des trois plus importantes résidences royales et impériales françaises avec Fontainebleau et Versailles. Ce château regorge de trésors entre les appartements impériaux, les musées du Second Empire et le musée de la Voiture et du Tourisme. Ce dernier mérite à lui-seul un ouvrage. Il représente un témoignage quasi unique de l’histoire de la locomotion, depuis le XVIIIe jusqu’aux années 1920. Il faut remercier nos aînés d’avoir réussi à préserver ce patrimoine du naufrage. On ne peut que vous encourager à visiter cette collection qui nous éclaire sur l’évolution de la mobilité individuelle, à travers plusieurs centaines de pièces, de quelques exemplaires de palanquins à l’autochenille Citroën de la Croisière Noire de 1924, en passant par les voitures d’apparat du XVIIIe siècle, les calèches, les vélocipèdes, les premières motos ou encore les premières voitures à vapeur et à pétrole mais aussi la voiture électrique Jamais contente de 1899. De Louis XV à Gaston Doumergue en passant par Louis XVI et Louis-Napoléon Bonaparte, du siècle des Lumières au seuil de la période Art-Déco, c’est toute l’histoire de la transition entre les deux mondes que symbolisent l’hippomobile et l’automobile qui est retracée.

salon de la voiture de collection et véhicules anciens Grand bi Renard
Grand-Bi Renard

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Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / René-Gabriel Ojéda

Compiègne, ambassadeur de l’épopée de la mobilité individuelle

salon de la voiture de collection et véhicules anciens  Star Bicycle
Star Bicycle

H. B. Smith machine Company. Vers 1885
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Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Tony Querrec

Inauguré le 1er juillet 1927, le musée de la Voiture et du Tourisme du Palais de Compiègne marque l’aboutissement de l’ambition de Georges Kellner qui a pris corps lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris. A l’origine de la rétrospective sur les moyens de transport qui se tient à cette occasion, ce carrossier émérite défend la nécessité de conserver les témoignages de cette période héroïque du passage de la diligence à cheval aux premières automobiles. Egalement carrossier, Léon Auscher, vice-président du Touring Club de France soutient l’importance de préserver ce patrimoine. En 1907, il rassemble à l’exposition décennale des Salons de l’Automobile, plusieurs véhicules associés aux débuts de l’automobile. L’exposition de la Houille Blanche et du Tourisme à Grenoble en 1925 donne le coup d’accélérateur décisif pour la mise en œuvre du projet. La présentation d’une sélection de véhicules illustrant justement la transition entre ceux deux mondes connaît un tel succès que Léon Auscher reçoit le soutien assuré de Paul Léon, alors directeur des Beaux-Arts, pour la création d’un musée national dédié à la voiture. En 1927, le Palais de Compiègne abrite donc le premier musée de ce type en Europe. L’initiative déclenche l’enthousiasme. Grâce à des multiples dons provenant des milieux les plus divers, que ce soit des membres de la haute société, des pionniers de l’automobile, des industriels du luxe ou encore de grandes figures de la carrosserie française, le musée s’enrichit de précieuses pièces. La collection des équipages de la Présidence de la République et un remarquable ensemble de pièces du 18e siècle provenant du musée de Cluny font également leur entrée à Compiègne.

salon de la voiture de collection et véhicules anciens - musée de compiegne
Berline de gala de la Présidence de la République, à huit ressorts et quatre lanternes.

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Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Daniel Arnaudet

Aujourd’hui la collection est composée d’une centaine de véhicules hippomobiles datant du 18e et du 19e siècle. Certaines ont accompagné de grands événements de notre histoire. C’est ainsi que parmi les voitures de ville, de gala ou d’apparat, on trouve la berline de l’ambassade ottomane livrée en 1856 pour le baptême du Prince impérial, la berline offerte par Eugénie à Napoléon III à l’occasion de l’Exposition universelle de 1867. Lorsque l’on ouvre une porte de calèche, un frisson parcourt l’échine. Les cabines d’un luxe inouï ont été magnifiquement préservées. On a pénètre l’intimité de nos dirigeants. On est transporté plus de cent cinquante ans en arrière. Notre regard se porte sur une voiture de grand luxe aux portières ornées des emblèmes de la République française. Cette berline de gala à sept glaces, pourvue de quatre lanternes en cuivre ciselé et d’une galerie décorative en bronze a été exécutée par le grand carrossier parisien Mühlbacher à la demande de la République française. Reconnue pour être l’une des berlines les plus fastueuses de son époque, elle a servi à transporter le tsar Nicolas II lors de sa visite en France en 1896. Cette berline sera l’un des cinq chefs-d’œuvre du palais de Compiègne exposés à Rétromobile. C’est la première fois qu’elle quitte son repaire picard depuis son entrée au musée en 1934. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette berline qui était attelée à deux chevaux n’est pas le modèle le plus ancien à se présenter au public parisien. Le titre en revient à La Mancelle. Conçue par Amédée Bollée, cette imposante voiture à vapeur est dévoilée à l’Exposition universelle de 1878où elle obtient une médaille d’argent. Sous sa carrosserie héritée des victorias hippomobiles, ses caractéristiques préfigurent les automobiles modernes avec sa suspension avant à roues indépendantes, ses roues arrière motrices, et son moteur à deux cylindres verticaux placé à l’avant. La chaudière Field est placée à l’arrière. Amédée Bollée ira même jusqu’à Vienne présenter La Mancelle à l’empereur François-Joseph. De Bollée, il en est encore question avec la présence de la diligence à vapeur commandée par le marquis de Broc à Mühlbacher. Le carrossier réalise un véhicule unique pouvant transporter jusqu’à quinze personnes et pouvant atteindre une vitesse de près de 20 km/h. Pesant sept tonnes, ce Mail coach est animé par un moteur de 50 CV alimenté par une chaudière à charbon placée à l’arrière. A. Bollée utilise cette diligence qui aura coûté la somme astronomique de 35 000 francs pour relier son domicile sarthois à son château de Clefs. Une époque héroïque où les premiers privilégiés découvrent les charmes de l’automobile. Sous la plume de Tristan Bernard, la revue L’Illustration du 17 août 1894 raconte « qu’avec le nouveau mode de transport que représente l’automobile, nous partons à l’heure que nous voulons. Ces dames ont tout le temps qu’il faut pour ajuster leurs voiles sur leurs chapeaux. Si elles sont un peu en retard, ça n’a aucune importance ».

salon de la voiture de collection et des véhicules anciens La Mancelle
Automobile à vapeur : "la Mancelle"

Poids 2750Kg, vitesse maximale 42 Km/h
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Bollée Amédée, Père (1844-1917)
Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Jean-Pierre Lagiewski

A côté des trois véhicules témoignant des progrès fulgurants de la mobilité individuelle à la fin du XIXe siècle et de la créativité des ingénieurs, Compiègne a dépêché à Rétromobile deux exemplaires de vélocipèdes et une moto de la première qui symbolisent la richesse de son patrimoine. Le deux-roues motorisé est une rare Terrot-Cuzeau datant de 1916 et préservée dans un état remarquable. Cet engin représente un jalon important dans l’histoire de la moto. Henri Cuzeau est à l’origine du moteur bicylindre à plat à deux temps positionné dans le sens du cadre et qui a fait l’objet d’un brevet. Enfin, les deux cycles exposés traduisent la recherche d’autres pistes de réflexion pour remplacer les chevaux. Le public de Rétromobile peut donc admirer un grand-bi Renard et le bicycle Star. Doté d’une grande roue à l’avant permettant d’atteindre une vitesse élevée en un tour de pédale, ce vélocipède côtoie un engin d’origine américaine se démarquant pat une petite roue à l’avant et une grande roue à l’arrière. L’originalité provient de son pédalier qui autorise trois options : pédaler d’une seule jambe lors que l’on est fatigué, effectuer des mouvements alternatifs avec les pieds ou effectuer des tours complets.

salon de la voiture de collection et des véhicules anciens Moto Terrot Cuzeau
Motocycle prototype Terrot-Cuzeau

Entre 1916-1920
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Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Tony Querrec

Lorsque Rétromobile aura fermé ses portes, il ne faudra pas oublier d’aller à Compiègne pour découvrir tous les trésors du musée de la Voiture et du Tourisme. Du 8 avril au 4 juillet, ce gardien de notre histoire retrace la grande aventure du deux-roues, de 1860 à 1920.

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Automobile à vapeur du marquis de Broc

Réalisée par A. Bollée, carrossée par Muhlbacker ; diligence à usage privé qui pouvait transporter 16 personnes à la vitesse de 16Km/h en palier. Elle pèse 7000Kg.
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Muhlbacher
Bollée Amédée, Père (1844-1917)
Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Daniel Arnaudet