Porsche

La 928 en majesté

La firme de Zuffenhausen ne s’est pas découvert récemment une attirance pour les moteurs avant. Cette architecture a connu son apogée avec le coupé de grand tourisme 928. Il y a quarante ans déjà.

La crise pétrolière de 1973 a plané comme une menace sur la genèse de la 928. Entre le feu vert donné par le Professeur Fuhrmann et les débuts de sa commercialisation en mai 1977, le projet 928 n’a pas été épargné. Lancer une telle voiture alors que les vents contraires se multipliaient révélait un goût aiguisé pour le risque. L’ambition affichée était de donner naissance à une sorte de super 911 dotée d’une architecture à moteur avant et boîte de vitesses rejetée à l’arrière reliés entre eux au moyen d’un arbre rigide selon le système « transaxle ». A terme, il était même prévu qu’elle remplace la 911 dont les ventes commençaient à patiner.

Alors que la 924, aussi avec un moteur avant, représentait le modèle d’accès à la gamme Porsche, la 928 se placerait à l’autre extrémité par son gabarit, sa motorisation, son équipement et son prix : 160 000 F. Seule la 911 Turbo faisait mieux. Les vingt-sept privilégiés de la première année de commercialisation eurent le sentiment de posséder le sommet du Grand Tourisme. La réalité n’était pas très éloignée. Dans ce registre, aucun constructeur n’avait proposé un modèle aussi abouti. Dénotant dans le paysage automobile de l’époque du fait de sa ligne joufflue dépourvue de pare-chocs et de tout appendice aérodynamique, la 928 faisait dans la démesure en recevant un V8 de 4,5 litres développant 240 chevaux. Le châssis privilégiant le confort hérite d’un nouvelle suspension baptisée « essieu Weissach » et se distinguant par des ressorts hélicoïdaux intégrés aux amortisseurs et une barre anti-roulis sur chaque essieu. Le produit idéal pour le marché américain friand des gros coupés. L’Europe sut aussi l’accueillir avec beaucoup de respect en lui attribuant le titre très prisé de Voiture de l’Année 1978.

Après avoir titré « le monde à l’envers » en découvrant la 924, José Rosinski, l’essayeur vedette du magazine Sport-Auto, laissait poindre une pointe de nostalgie à l’issue de l’essai de la 928. Il lui reprochait un manque saveur, le reflet d’un modèle plus-que-parfait. La 928 était tellement en avance son temps qu’elle est restée dix-huit ans au catalogue. Sa production a atteint 61 448 unités dont 1 940 pour le marché français, un score plus qu’un honorable pour ce type de véhicules.

Tout au long de sa carrière, elle a bénéficié de nombreuses évolutions : 928 S en 1979 (300 ch), 928 S4 en 1987 (V8 5 litres 320 ch), 928 GT (330 ch) et 928 Clubsport en 1989, 928 GTS en 1991 (5,4 l de 350 ch). Mais la plus exclusive des 928 est sans conteste le break que l’usine offre en septembre 1984 à Ferry Porsche pour ses 75 ans.

Vert foncé, la couleur préférée de Ferry, et allongée de 25 cm, ce modèle historique est l’attraction du stand Porsche de Rétromobile.