Rétromobile et le National Motor Museum of Beaulieu présentaient 3 monstres de records

L’homme a toujours voulu aller plus vite avec une seule obsession rattraper la ligne d’horizon.

La vitesse a toujours été un véritable leitmotiv des constructeurs, aujourd’hui comme hier. Pas si loin des performances de certaines voitures contemporaines, les voitures d’antan n’étaient pas en reste. Le Salon Retromobile présenta aux visiteurs 3 voitures de records : des voitures mais surtout des histoires d’exception dont le point commun était la chasse de la vitesse. Véritables témoins d’histoire, ces bolides furent pensés par des passionnés de mécanique à la recherche de sensations.

La plus ancienne. La Napier de 1903.

Cette doyenne est la plus ancienne voiture de course britannique qui a survécu jusqu’à aujourd’hui. Elle participera, entre autre, à la célèbre course de la Coupe Gordon Benett de 1903. C’est à son volant que le pilote Charles Jarrott, alors qu’il était en pleine accélération, fit une embardée et finit par se retourner dans le fossé. Lui et son copilote furent blessés et la Napier partiellement détruite. C’est le pilote belge Camille Jenatzy qui remporta la course au volant de sa Mercedes. C’est ce même pilote qui fit le premier à dépasser les 100 k/h aux commandes de la voiture électrique La Jamais Contente en 1899. Par la suite la Napier traversa l’océan pour l’Amérique et c’est en 1987 qu’elle retrouva son pays d’origine dans la collection du National Motor Museum of Beaulieu. Pour le plus grand plaisir des visiteurs la Napier effectuera des démonstrations de démarrage de son impressionnant moteur 4 cylindres de 7,7 litres.

La Darracq V8

Monstres de record : Darracq-V8

Voici la fabuleuse histoire de la Darracq V8.

A notre époque la plus part des constructeurs automobiles construisent des véhicules qui ont la capacité de rouler à des vitesses élevées, mais qui se souvient du jour ou, pour la première fois, une automobile à frôler la vitesse mythique des 200 kilomètres par heure.
L’évènement s’est déroulé aux Etats Unis en Floride il y a 110 ans. A cette époque, les constructeurs se rivalisaient sur le champ de bataille de la vitesse pure. En 1905 dans les ateliers Darracq à Suresnes c’était l’effervescence, l’ingénieur mécanicien Ribeyrolles accoupla 2 blocs moteurs 4 cylindres sur une base commune et créa ainsi un énorme 8 cylindres en V dans l’espoir de pouvoir aller plus vite que les autres.

C’est à la fin du mois de Janvier 1906 que le pilote français Victor Demogeot démarra l’énorme moteur huit cylindres en V de sa Darracq. Cette impressionnante automobile française représentait la puissance mécanique à l’état brut. Son châssis nu sans freins à l’avant, offrait deux places assises et l’absence totale de carrosserie laissait à l’air libre le gros moteur V8 surmonté de son réservoir d’essence en forme d’obus.
Après un court instant de chauffe Victor Demogeot poussa la manette de l’accélérateur à fond. Dans un bruit de tonnerre le gros V8 de 25 litres et demi de cylindrée lâcha ses 200 chevaux et s’élança sur la piste de terre pour atteindre la vitesse de 197 km/h. Cette voiture mythique fera de nouveau entendre le son rageur de son énorme V8 en démonstration extérieure.

La FIAT S 76 ou la « Bête de Turin »

Monstres de record : Fiat-1911

Il y a des autos qui impressionnent par leurs dimensions et par leur histoire, la FIAT S76 en fait partie.

Cette voiture de record fut conçue par FIAT en 1911 pour concurrencer la puissante Blitzen Benz 200 cv. Deux exemplaires de ce monstre mécanique furent construits. Les ingénieurs italiens de l’époque montèrent sur un châssis un imposant moteur qui, à l’origine, était conçu pour propulsée des ballons dirigeables. 4 cylindres, pratiquement 30 litres de cylindrée, 300 cv à 1900 tr/min pour un poids de prêt d’une tonne. Ce moteur était un véritable monument de métal.

La voiture fut construite autour du moteur car ce dernier était réellement énorme, a un tel point que la hauteur du capot masquait en grande partie la visibilité du pilote. La bête au repos était déjà impressionnante, presque 4 mètres de longueur avec 1,60 m de hauteur de capot pour un poids de 2 tonnes. C’est le pilote Felice Nazzaro qui fut le premier à essayer la machine dans les rues de Turin. Dès les premiers tours de roue, la voiture s’imposa au pilote, le gigantesque couple du moteur arrachait la voiture de la route, la carrosserie vibrait de tous ses boulons, la direction devenait imprévisible et les freins inexistants. L’énorme Fiat traversait les rues de la capitale italienne dans un bruit de tonnerre crachant des flammes et d’épaisses volutes de fumée noire. Quand Felice Nazzaro coupa le contact du monstre rouge, il se dit que l’enfer existe et que la voiture est extrêmement dangereuse et pratiquement inconduisible. Malgré ces essais inquiétants, Fiat engagea le grand pilote italien Pietro Bordino. A son tour, il tenta plusieurs records de vitesse maximale mais sans jamais réussir à battre la Blitzen Benz. Bordino arrêta l'aventure fin 1911 car il eut la frayeur de sa vie quand l’énorme FIAT dérapa à plus de 180 km/h pour finir sa course enlisée dans le sable de la plage de Saltburn. Par la suite, cette voiture indomptable fut vendue, au prince russe Boris Soukhanoff . A son tour, il tenta des records. Il atteignit plus de 210 km/h à Ostende en décembre 1913, battant ainsi le record sur le kilomètre établi de la Blitzen Benz. Il raconta que la voiture était impressionnante à l’arrêt et terrifiante à conduire. Il fallait se battre en permanence pour maintenir le fauve en ligne droite mais qu'il était impossible de faire quoique ce soit en virage du fait du poids de l’énorme moteur et du freinage inexistant. La voiture fut renvoyée à Turin fin 1913 après que le prince Soukhanoff soit passé très près de la mort à Brooklands. Par la suite la FIAT S 76 fut vendue au Mexique puis finalement traversa les océans pour arriver en Australie. Et c’est très loin de son pays d’origine qu’elle termina finalement sa course folle détruite dans un grave accident.
La deuxième S76 était restée en réserve chez Fiat. Les ingénieurs italiens décidèrent de neutraliser cette bête infernale. La voiture fut réformée en 1920 puis démontée. Par respect d’une prouesse technique, seul l’imposant moteur fut conservé.

Pratiquement un siècle plus tard, Duncan Pittaway, un anglais qui se passionnait pour l’histoire de la FIAT S76 passa des années à rechercher la trace de cette fabuleuse voiture. Son acharnement et sa patience le menèrent sur la piste d’un châssis retrouvé dans le fond d’un garage en Australie, vraisemblablement celui de la Fiat accidenté et d’un moteur qui fut conservé dans les années 20 par FIAT.

Notre collectionneur rassembla ces vestiges historiques et redonna vie à la FIAT S76.

Pour la plus grande joie des visiteurs, Duncan Pittaway partagea son enthousiasme et sa passion en organisant des démonstrations de démarrages de ce monstre mécanique.